À partir du Xème siècle et jusqu’en 1780, le cimetière des Saints-Innocents était le principal cimetière de Paris. D’abord hors-les-murs puis intramuros à partir du XIIème siècle, il était un lieu d’insalubrité et de scandales, mais aussi de promenade, avant d’être fermé pour des raisons d’hygiène. Il fut ensuite détruit en 1786.

Le cimetière des Saints-Innocents jusqu’au XVIIIème siècle

Aujourd’hui, la place Joachim du Bellay, souvent appelée place des Innocents, est traversée quotidiennement par les nombreux usagers des Halles ou des restaurants qui entourent la place et sa fontaine. Souvent inconscients qu’au Moyen-Âge, ils auraient mis le pied dans le principal cimetière de Paris.

Jusqu’au XVIIIème siècle, le cimetière des Saints-Innocents occupait cet emplacement, mais il était bien plus grand que la place actuelle. La fontaine des Innocents n’existait pas : elle a été édifiée en 1550 à l’angle de la rue Saint-Denis et transportée sur la place lors des travaux de Hausmann en 1860, bien après la fermeture du cimetière. Celui-ci jouxtait l’église des Saints-Innocents, qui lui a donné son nom, aujourd’hui disparue. Sous Philippe Auguste, au XIIème siècle, il a été entouré d’une muraille qui le délimitait du quartier des Halles et de son marché. Ce mur mit fin à un phénomène quelque peu scandaleux : jusque-là, il était fréquent que les cochons viennent fouiller les tombes pour s’y nourrir.

Cimetière des Saints-Innocents

Faute de pouvoir s’agrandir, le cimetière est saturé dès le XIVème siècle. Les charniers furent alors construits, ces galeries à arcades qui entouraient le cimetière et étaient, en fait, des pourrissoirs où on entassait les corps. Ils étaient décorés de fresques et peintures, dont « La danse macabre », une fresque du XVème siècle qui représentait la Mort saisissant les vivants.

Malgré les charniers, l’insalubrité générale et les corps pourrissant à la vue de tous, le cimetière des Saints-Innocents était un lieu de promenade et d’animation, particulièrement pour les écrivains, les fêtards ou les prostituées. Des boutiques bordaient aussi le cimetière, parcouru par des vendeurs de lingerie, de livres ou de draps.

Si le quartier était plutôt miséreux, le cimetière des Saints-Innocents, malgré sa mauvaise réputation, accueillait tous les Parisiens, pauvres comme bourgeois. Initialement séparés, les plus riches se faisaient enterrer en sépulture individuelle, tandis que les plus modestes se contentaient des fosses. C’est d’ailleurs par les bourgeois qu’ont été construites les arcades du cimetière, et le célèbre Nicolas Flamel en finança une pour le tombeau de son épouse.

Le cimetière des Saints-Innocents était aussi particulier pour ses recluses, qui se faisaient emmurer vivantes, par dévotion mais aussi, parfois, contre leur gré, après un rituel semblable à celui d’un enterrement. Les badauds pouvaient nourrir les recluses par une petite ouverture pratiquée dans le mur de la cellule plongée dans le noir.

Cimetière des Saints Innocents vers 1550

Fermeture du cimetière des Saints-Innocents

Finalement, le cimetière des Saints-Innocents a été fermé en 1780 pour des questions évidentes de salubrité, lorsque les murs de la cave d’un restaurateur s’effondrèrent sous la pression des ossements entassés dans une fosse attenante, déversant les cadavres dans son sous-sol. On le détruisit en 1786, et durant une longue procession de quinze mois, les corps du cimetière furent transportés aux Catacombes, où on peut toujours les voir de nos jours.

Paris perdit ainsi son plus grand cimetière, et ne put plus compter que sur des cimetières extramuros et de petite taille, comme le cimetière Sainte-Marguerite ou le cimetière de la Madeleine, ouvert en 1721 et notamment connu pour avoir été le principal cimetière de la Révolution et accueilli Louis XVI et Marie-Antoinette. Ces cimetières ont majoritairement fermé à la fin du XVIIIème et au début du XIXème siècle, et, en 1804, un décret de Napoléon Ier marque un tournant dans l’histoire des cimetières et pompes funèbres de Paris : le 21 mai, le cimetière du Père-Lachaise ouvre. Il est suivi par plusieurs nouveaux cimetières, comme celui de Montmartre et de Montparnasse. Tous ces cimetières ont finalement été intégrés au « grand Paris » d’Hausmann en 1860.