A partir du Moyen Age, en France aussi, l’Eglise a commencé par s’impliquer de manière de plus en plus importante dans l’ensemble des pratiques et rites entraînant ainsi des transformations assez profondes dans les mentalités et les comportements humains. Tout comme les autres aspects de la vie des individus, le funéraire s’est vu énormément impacté. En plus du fait que l’Eglise possédait la majorité des cimetières, on observe souvent une certaine théâtralisation ou une scénarisation du rituel des funérailles. Il n’était pas rare que les inhumations se fassent dans les églises. Il en a découlé des conséquences telles que l’institution du rituel de deuil, la messe du quarantième jour de deuil etc.

Cimetière des Innocents au XVIIIème siècle à Paris

Cimetière des Innocents au XVIIIème siècle à Paris

 Au début du 19ème siècle, les morts et les vivants appartiennent vraiment à deux mondes très éloignés les uns des autres. Les principes religieux amplifient le culte des morts et les lieux d’inhumation, où on ne se rend que pour prier les morts ou les visiter, sont à l’image de la société avec une organisation très classifiée.

Par la suite, de profondes mutations sociétales en France vont effriter progressivement l’emprise de l’Eglise sur le monde du funéraire, et donner place à des pratiques funéraires plus libérales. Des différentes dispositions légales vont venir tour à tour, interdire l’inhumation de personnes défuntes au sein des églises, puis consolider l’idée selon laquelle les cimetières devraient être à l’extérieur des cités. Les fosses individuelles voient le jour contrairement à l’ancienne pratique qui consistait à mettre tous les « indésirables » (pauvres, indigents etc.), dans des fosses communes sans ménagement. Les législateurs du Directoire à Paris décident donc, qu’un minimum de respect, d’attention et de considération devront être dorénavant donnés aux disparus quel que soit leur classe sociale. Le transport en char se démocratise et même les indigents décédés sont obligatoirement mis dans un cercueil ou entourés de linceul avant toute cérémonie d’inhumation. A partir de cette période, il est possible pour les collectivités ou les familles d’acquérir des concessions contre payement d’une somme. Ces concessions pouvaient être acquises indéfiniment ou juste de façon temporaire. Peu à peu, on va assister à un glissement du rite funéraire religieux ou chrétien vers des cérémonies plus « civiques ».

Translation à Paris du corps de Louis XVI et de Marie Antoinette

Translation à Paris du corps de Louis XVI et de Marie Antoinette

     Cela est d’autant plus vrai que, une fois sorti du giron « religieux », les cimetières parisiens tombent souvent dans la sphère communale, donc publique. De vraies réflexions vont être menées dès lors pour donner à ces lieux un autre visage, et les rendre plus représentatif des mutations de la société.  En quelque sorte, le monde des humains se rapproche de celui des morts, même si la mort est toujours aussi taboue. Les cimetières devenus ainsi « publiques », vont vite devenir des lieux d’expression de la créativité, de l’innovation et de l’ingéniosité de l’humain. Les collectivités locales de l’époque vont demander le concours de spécialistes, voire d’architectes pour donner un nouveau visage à ces lieux où reposent « ceux qui sont partis ». Le funéraire devient un art qui s’exprime de façon multiforme. On n’a plus peur de désigner, représenter, vêtir voire d’illustrer la mort.

 Même les courants de pensée de l’époque tels le romantisme rentrent dans la danse.  De nouveaux lieux dédiés à recevoir le corps des défunts voient le jour. On peut valablement évoquer les cas des cimetières de Père Lachaise (1804), Montmartre (1806) et Montparnasse (1840).

Cimetière de Montparnasse

     Le cimetière du Père Lachaise à Paris est indéniablement celui qui reflète le plus les changements apparus à l’époque au niveau de l’art funéraire. Alors qu’il était boycotté à son ouverture, il a fallu que les dépouilles de personnages célèbres (Molière, Jean de la Fontaine…) y soient transférées pour que ce cimetière retourne en grâce auprès des citoyens. Il a aujourd’hui une superficie de 44 hectares et comprend un total de plus de 70 000 concessions funéraires.  Il regroupe une large gamme de créations architecturales intégrant divers styles (gothique, haussmannien, antique et autres). Le cimetière du Père Lachaise devient peu à peu un lieu d’expression du génie architectural et artistique de l’époque. Il comprend également un ensemble crématorium-colombarium de style byzantin. Face à ce foisonnement d’idées créatrices, les populations allient facilement leur volonté de visiter leurs illustres disparus et d’autres pratiques telles que les balades.

Cimetière du Père Lachaise

 

Un autre aspect non négligeable du funéraire au 19ème siècle est la place occupée par les pompes funèbres dans l’organisation des funérailles.  Le commerce des pompes funèbres est né au 14 -ème siècle avec la fourniture des objets funéraires aux familles par les marchands de vin (pinardiers). Organisé ensuite en confrérie, les pompes funèbres se chargeaient aussi par la suite de la location de vêtements et de tissus de deuil. Ce fut donc une situation de quasi-monopole du service funéraire car ces confréries livraient les différentes familles en objets indispensables aux convois funéraires.

Fossoyeur au XIXème siècle

Fossoyeur au XIXème siècle

Le 19 ème siècle rabat les cartes. On arrive progressivement à un mode de gestion tripartite de la chose funéraire. Les cérémonies sont à la fois organisées par l’administration religieuse par l’intermédiaire des fabriques (établissement public du culte catholique), les collectivités locales (administrateurs) et le privé (l’entrepreneur). Des pompes funèbres nées à cette époque-là continuent à officier jusqu’à aujourd’hui, il s’agit entre autres de Pompes funèbres Générales créée en 1844 par Ferdinand Langlé, la Maison Henri de Borniol fondée en 1820 à Paris.